Sambre et Meuse, le Guetteur wallon, les Cahiers : un mot d’histoire…

La naissance du « Guetteur wallon » est à replacer dans le contexte culturel et politique particulier du règne d’Albert 1er. À l’époque, de nombreux intellectuels et hommes politiques wallons se passionnent pour la littérature dialectale, l’histoire locale et régionale ainsi que les traditions populaires. À Namur, un groupe d’élèves, de professeurs et d’anciens de l’Athénée royal lance, en 1924, une revue littéraire et folklorique dédiée au pays namurois. Fernand Danhaive, docteur en histoire et professeur à l’Athénée royal, de même qu’émile Chantraine, président d’honneur du cercle littéraire des « Rèlîs Namurwès » et imprimeur de la revue dès 1926, figurent parmi les fondateurs de ce nouveau périodique. Le nom qu’ils lui donnent, « Le Guetteur wallon », et la une de son premier numéro (15 février 1924), dénonçant le « grand mal belge » que constitue le bilinguisme, en disent long sur son programme militant. À ses débuts, la revue, dirigée par Fernand Andernack, se concentre en effet sur la défense et la protection de l’unité linguistique wallonne. Outre des éditoriaux, communiqués et articles wallingants consacrés au combat linguistique du temps, elle propose surtout des écrits à caractère culturel (histoire, arts, folklore, littérature wallonne et française), également rédigés en vue de promouvoir les patrimoines wallon et namurois. Les pièces poétiques et littéraires qu’elle édite sont produites par les « Rèlîs Namurwès » ou le groupe des « Semailles wallonnes », deux associations culturelles soucieuses de défendre le pays wallon en prônant son expression dialectale. Pour le volet historique et folklorique, la revue peut compter sur la collaboration de plusieurs historiens namurois de renom, tels Félix Rousseau et Ferdinand Courtoy.

En 1930, la parution du « Guetteur wallon » est suspendue pendant quelques mois. Sa reprise coïncide avec la création d’une ASBL portant le même nom, dont Fernand Danhaive est nommé administrateur délégué. La revue conserve son caractère militant et devient même, en 1931, l’organe officiel de la Fédération wallonne, littéraire et dramatique de la Province de Namur, de la Ligue wallonne de Namur et de la Jeune Garde wallonne de Namur. Le vote de la loi instaurant l’unilinguisme régional, en 1932, met un terme au combat politique mené, depuis ses débuts, par le « Guetteur wallon ». Une nouvelle Société, appelée « Sambre et Meuse » et se présentant comme un service d’études folkloriques et historiques de la province de Namur, remplace l’association initiale. Placée sous la présidence de Joseph Calozet, puis sous celle de l’abbé Évariste Hayot, elle est érigée en ASBL en 1936. Jusqu’à la parution, en juin 1939, de son dernier numéro avant la seconde guerre mondiale, le « Guetteur wallon » se recentre sur la promotion culturelle et consacre l’essentiel de ses pages à la littérature dialectale.

La guerre décime les rangs de l’association et le lectorat de la revue qui n’est relancée, sous l’égide de l’abbé René Blouard, qu’en 1952. En tant qu’organe officiel de la Société « Sambre et Meuse », le « Guetteur wallon » poursuit le même objectif qu’avant le conflit : promouvoir l’étude de l’histoire et du folklore de la région namuroise, ainsi que toutes les recherches de nature à ranimer l’affection du terroir wallon et l’esprit régionaliste, et encourager la création littéraire. Il reprend sa collaboration avec le cercle des « Rèlis Namurwès », dont les productions en dialecte wallon alimentent régulièrement son volet littéraire. Au fil des ans, la part de la revue dédiée à la littérature dialectale se réduit progressivement. Lorsque Jean Baudhuin succède à Joseph Roland à la tête de l’ASBL en 1980, l’intérêt pour la littérature et les arts wallons a quasiment disparu. Le « Guetteur wallon » vise désormais la diffusion et la vulgarisation de recherches scientifiques consacrées à l’histoire, au patrimoine et au folklore de l’ancien comté et de l’actuelle province de Namur. En 2007, sous la présidence de Françoise Jacquet-Ladrier, la revue acte cette évolution de contenu en troquant son nom militant contre celui de « Cahiers de Sambre et Meuse ». La Société royale « Sambre et Meuse », qui en assure la publication trimestrielle, se compose aujourd’hui d’historiens, d’archéologues et d’historiens de l’art, professionnels ou amateurs, désireux de contribuer à la connaissance du passé wallon et namurois.

 

Sarah Auspert

90 ans d'histoire...